Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/235

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lence ! Chut… (Un doigt sur la bouche, elle se cale entre les jambes de Barnac. Silence.) Je ne suis pas trop lourde ? Je ne pèse pas trop sur ton genou ?… Attends, attends… une seconde encore !… Ça te gênera tout à l’heure que je gratte l’allumette… Là, je me calme… je me calme !… (Elle est toute blottie, toute tassée, toute heureuse.) Oh ! c’est passionnant !… Qu’est-ce que tu vas dicter ? C’est amusant de ne pas connaître !…


BARNAC.

Voilà… Je ne vais pas prendre la suite… Non. Je préfère dicter une scène du troisième acte… un passage… (Silence.) C’est lui qui parle… Il est triste, ce soir-là… Il sait qu’elle le trompe. Elle croit qu’il l’ignore… Le drame très simple, le drame ordinaire. Tu te rappelles ? Alors, voilà… Il lui dit… écrivez, Mademoiselle… (Un temps, il réfléchit, puis dicte.) « Mets-toi là, mon enfant chéri, comme d’habitude… Je peux encore sans frémir entendre ta petite voix… Demain, demain, ce sera peut-être l’horreur, la haine… toute l’abomination de l’amour… Sait-on jamais ce qui nous attend ?… Mais aujourd’hui c’est encore fête, c’est dimanche… Profitons-en… Laisse-moi caresser, avec la même joie que toujours, tes cheveux noirs, tes paupières fermées… Laisse-moi entendre aujourd’hui encore ton joli rire émerveillé qui m’entre dans l’âme et qui a l’air de s’annoncer en disant : « Bonjour… C’est moi… c’est moi… la petite qui ne te fera jamais… jamais de mal… jamais… C’est moi qui… gentiment… tous les jours… à l’heure où… »

(Il continue de dicter ainsi, la main effleurant la tête de Marthe, l’œil clos, la voix tremblante un peu.)

RIDEAU