Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/288

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BARNAC.

Non, tu te lèves… (Elle se lève.) Je te donnerai à peu près la réplique.


MARTHE, (lisant.)

« Tu ne sais pas comme ça m’est désagréable de te voir ici, dans cette maison… Ta vue me choque. »

(Elle s’arrête.)

BARNAC.

Eh bien ?… Continue… pourquoi t’arrêtes-tu ?


MARTHE, (lisant et reprenant.)

« …dans cette maison… Ta vue me choque !… Ne te suffisait-il pas de laisser ce… »

(La voix s’étouffe.)

BARNAC, (continuant de jouer.)

« Mais c’est toi-même qui m’as autorisé… » (Il s’arrête à son tour.) Après ? Souffle-moi…


MARTHE, (extraordinairement troublée, lit en balbutiant.)

« J’avais depuis si longtemps envie de… »


BARNAC, (reprenant vivement.)

« J’avais envie depuis si longtemps de connaître l’atmosphère dans laquelle tu passes une partie de ta vie… » (Cette fois il s’interrompt et la considère. Elle demeure muette, atterrée.) Qu’est-ce qu’il y a ?… Pourquoi restes-tu en panne ?… Ça ne te plaît pas cette entrée ? Qu’as-tu ?


MARTHE, (pâle sourire, mouvement nerveux du bras.)

Rien… rien…

(Elle parcourt du regard, puis relève la tête et fixe Barnac dans une expression défaite, mais qui lutte encore contre le frémissement progressif qui monte en elle.)