Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/290

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sa honte… Le voilà qui met la clef dans la serrure… se faufile, monte dans la petite pièce où se tiennent les sténos… « Bonjour, Mesdemoiselles ! Ne vous dérangez pas ! » Tout de suite, d’en bas, parviennent jusqu’à lui des voix, des voix chuchotantes. Il ne reconnaît pas le timbre de l’homme… Qui est-ce ?… Donnez ! Il saisit les feuillets qu’on lui tend en silence… Il lit… C’est bien ça, parbleu !… Un goujat tout à l’heure a insulté la petite et elle s’est rebiffée !… Les larmes montent aux yeux du pauvre bougre… Oui, mais pourquoi les complices ne lui donnent-elles pas tous les feuillets, les derniers feuillets ?… Pas encore traduits ?… Allons donc ! Pourquoi ce choix ? Il y a de l’écriture sur ces pages !… D’ailleurs, il connaît la sténographie, il n’a pas besoin de traduction… Mais, au moment où il empoigne le paquet et va continuer sa lecture, un mot, un mot crié derrière la tapisserie lui serre le cœur… il se penche, il écoute… Alors… alors… en une minute, il a compris tout… le présent et le passé !…


MARTHE, (éperdue.)

Paul, tu as…


BARNAC.

Ah ! tu commences à comprendre ce qu’elle peut donner cette scène muette, hein ?… Te la représentes-tu, toi qui as de l’imagination ?… L’homme accroché au rideau… Il a envie de bondir… de descendre l’escalier quatre à quatre… de… Mais, ce n’était encore rien !… Oh ! il y a mieux !… C’était encore trop beau pour lui !… Quelque chose de plus terrible l’attend… Une voix monte, et ce n’est plus celle du partenaire inconnu. Cette fois, c’est la voix de l’être chéri… et il lui est donné d’entendre ce qu’on n’entend