Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/291

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généralement jamais… l’aveu secret… la prière du soir… le cri d’affection sincère, l’élan désolé, triste et tendre pour le vieil homme !… Ça, c’est plus affreux que tout !… Assez ! assez !… Il ne veut plus rien écouter… Il s’enfuit pendant le colloque abominable… Il entraîne les guetteuses, il serre les pages dans son poing… Il se cogne aux passants… Il va… il va… puis… Puis, tu sais la suite !… Dix minutes après, il est là… Après avoir téléphoné, pour donner à l’amant le temps de disparaître, il est là, seul avec elle, se demandant s’il ne va pas se venger comme une bête sur une bête… As-tu compris, cette fois, toute l’horreur terrible de la scène ?… Dis ? dis ?… Salope !… Mauvaise petite rosse !… Réponds… réponds donc !… Hein !… hein !… chienne !…

(Il la saisit sous le cou, la renverse sur la table, puis la lâche parce qu’elle pousse un cri. Silence palpitant.)

MARTHE.

Faut-il que je m’en aille tout de suite ?


BARNAC.

Et c’est tout ce que tu trouves à répondre !… Déjouée, le masque bas, tu prends tes cliques et tes claques !… Admirable !… Tu ne m’as laissé parler sans m’interrompre que pour connaître jusqu’à quel point j’avais soulevé le voile… Puis, renseignée et jugeant la partie perdue, froidement, tu ramasses tes nippes… Pas un mot d’explication pour te justifier !


MARTHE.

D’explication ?… Quand ma vie s’écroule, quand je suis là, comme quelqu’un qui va mourir, et que j’entends ton cri d’affreuse douleur au-dessus de ma tête !… Qu’est-ce que tu veux que