Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/293

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BARNAC.

Non. Maintenant ! Maintenant !

(Il la jette sur un fauteuil.)

MARTHE.

Mais nous souffrons trop !… la blessure est trop nouvelle… Tu ne supporteras pas cet aveu !


BARNAC.

Des faits !… La vérité avant la séparation !… Et ne la mâche pas… en admettant que des lèvres de cette sorte puissent jamais dire la vérité !… Va donc ! Je suis homme à l’écouter sans broncher ?

(Il se poste devant elle, acide et terrible.)

MARTHE.

Avant tout, il y a une chose dont tu ne peux douter, c’est que je t’aime comme jamais de ma vie je n’ai aimé quelqu’un. (On entend un amer éclat de rire.) Ne raille pas, tu sais que c’est exact !… Rien ne m’attachait à toi, pas même l’intérêt… J’aurais les hommes que je voudrais. Non, rien ne m’attachait à toi, si ce n’est le plaisir de t’aimer… J’aimais tout de nous, ton esprit, nos joies, nos blagues, nos baisers, nos étreintes… (Nouvel éclat.) Mais oui, nos étreintes… notre façon de vivre à deux…


BARNAC.

Passe ! Passe !


MARTHE.

Notre manière de comprendre les choses… les gens, les conversations des autres, le spectacle quotidien…