Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/292

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j’explique ?… Je ne sens même plus rien, tant je dois souffrir… C’est le sang-froid qu’on éprouve dans les grandes catastrophes… On se dit : « Bon, ça y est. C’est l’heure, voilà tout !… » Exactement comme si on tombait au fond de l’eau !… Ça y est… c’est fini !


BARNAC, (le poing dressé.)

Non, pas fini !… Maintenant, à mon tour !


MARTHE, (le regardant avec une désolation sans bornes.)

Mon pauvre grand chéri !… Comme tu vas souffrir !… Et c’est à moi, moi qui t’aime tant, que tu devras cette souffrance-là qui t’empoisonnera pendant des années, même quand je ne serai plus là !


BARNAC.

Plains-moi !… Te rends-tu bien compte que tu es un être dénaturé… un de ces êtres inclassables, mais dont la psychologie m’échappe totalement, par exemple !… Je n’y comprends rien, je l’avoue !… J’ai peur de soulever le voile tout à fait… Oui, sais-tu bien que tu m’épouvantes ?… Cette indignation avec Jalligny, et deux minutes après cette sorte de levage clandestin entre deux portes, puis… Oh ! le mystère à la fois de tes appétits et de tes ruses combinées !… Mais parle donc !… Explique-toi une bonne fois avant que tu disparaisses pour toujours… N’emporte pas ton énigme !

(Il la tient aux poignets.)

MARTHE.

Plus tard, Paul, oui, tu sauras tout de moi !… Et si je ne te revois pas, je te ferai une confession écrite.