Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/298

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MARTHE.

Non, il est intact, au fond de toutes ces misères !


BARNAC.

L’amour ? Tu ne l’as pas seulement tué… tu as tué la joie de l’amour… Et c’est pire !… Le pardon, deux êtres jeunes se l’octroient ; ils ont la vie devant eux pour se reprendre !… Même si je me trouvais en face d’une trahison nette, claire, en face d’un vrai amour rival qui t’aurait entraîné, j’aimerais mille fois mieux ça ! Je lutterais. Ce serait à moi d’être le vainqueur ou le vaincu, et si je t’avais reprise, la lutte même aurait apaisé la souffrance !


MARTHE.

Eh bien ?… Eh bien ? Ce que tu as à pardonner, n’est-ce pas mille fois moins ?


BARNAC.

Pire, mille fois !… Tu crois trouver une atténuation dans le fait que tu n’as pas donné ton cœur… mais, malheureuse, avec ta vie en partie double, tu as empoisonné pour moi le souvenir de toutes les heures passées !… Il n’y a plus une parcelle de notre existence qui ne soit pourrie désormais, et qui ne porte la marque de ta duplicité… Comprends le crime exécrable que tu as commis !… Je le voudrais, qu’il me serait impossible de t’aimer comme je t’aimais ! Qu’y a-t-il de beau, de doux et de charmant dans l’amour ?… C’est de tout mettre en commun, du matin au soir… C’est la confiance dans le regard, dans la voix… la menue monnaie du bonheur… le plaisir d’être ensemble… de rire… de se promener… d’aller, comme nous le faisions, à la campagne,