Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/301

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BARNAC, (la voix forte et allant à la porte.)

Si, entrez ! Je sais ce que c’est !… (Le domestique, sur le seuil, lui remet une lettre.) Merci… (Il fait signe à Aubin de sortir.) C’est une lettre… une lettre, figure-toi, que je me suis adressée à moi-même et que je viens d’écrire chez Legardier…


MARTHE.

Une lettre ?… Quoi ? Que signifie ?


BARNAC.

J’avais tellement la certitude des mots dont tu allais m’envelopper… je redoutais tellement ma faiblesse… qu’avant de monter ici, j’ai couru chez Legardier. C’est de là que je t’ai téléphoné, tu te souviens ?


MARTHE.

Et alors ?


BARNAC.

Je lui ai crié : « Accourez, mes amis. Sauvez-moi ! Appelle aussi Genius !… Venez m’arracher à la sirène… En quelques mots, elle va me bouleverser le cœur !… Dans vingt-cinq minutes, exactement, que tu sois seul ou avec Genius, sonne à ma porte et fais-moi passer cette lettre ! » Alors, je me suis précipité sur une plume, j’ai griffonné deux ou trois lignes. Et ils sont là, entends-tu, dans l’antichambre, à l’heure dite ! Ils sont là, et voici ce que contient cette lettre désespérée, écrite dans un moment de lucidité. (Il la décachette et lit à voix haute.) « Courage, capon ! N’écoute pas cette femme ! Sa vie avec toi n’a été qu’un long mensonge ! Tu jettes des perles aux cochons ! Sauve-toi, ou tu n’es pas digne du nom