Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/343

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qui était en train de se donner et vous n’avez rien fait pour la retenir.


BARNAC.

Chère amie, quand l’heure est venue que les feuilles tombent, croyez-vous que l’arbre fasse quelque chose pour les retenir ?… La terre doit être jonchée de solitude, et elle le sera, soyez tranquille !


MADEMOISELLE MOREL.

Je ne reviendrai pas le constater.


BARNAC.

Si vous reveniez, c’est que vous m’auriez aimé beaucoup… Si vous ne revenez pas, c’est que vous m’aimez un peu…


MADEMOISELLE MOREL.

Je n’ai plus que cette façon de vous le prouver… Bonsoir, mon cher Barnac…


BARNAC.

Je vous ai froissée… Plus tard, vous m’excuserez et vous reviendrez peut-être.


MADEMOISELLE MOREL, (la tête fièrement levée.)

Je ne crois pas… Je connais une chanson qui dit :

La vie est belle et les chagrins sont courts.


Adieu, cher ?…

(Elle sort. Une fois seul, il jette un coup d’oeil timide sur la glace, va au plateau, d’une main replie la serviette sur la fiole de pharmacie. La porte se rouvre brusquement. Il tressaille et se retourne : c’est Aubin très ému qui parle à voix basse.)