Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/363

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m’intéresser à cette petite-là… de lui être utile, de lui écrire des rôles, de me réjouir de ses succès, de lui éviter des écueils, de la vouloir heureuse, que je ne ferai en somme que prolonger une habitude ancienne en la voyant de temps en temps ouvrir la porte, venir ici répéter ses rôles… car il faut qu’elle fasse encore du théâtre… En somme, j’ai été un peu son imprésario… Qu’est-ce que je demande ? Une amicale pression de mains, un petit bonjour de temps en temps… un éclat de rire dans l’antichambre… car vous ne connaissez pas, vous, la solitude de la vieillesse !… Oh ! cet appartement !… J’ai bien essayé d’en combler le vide. Rien, ça n’a rien donné… Mon cœur avait pris l’habitude de s’attacher à une seule personne au monde… Ah ! pourquoi a-t-on choisi celle-là à l’exclusion de toute autre ? Voilà… voilà le grand mystère !… Et il n’y a rien à faire… C’est celle-là… c’est sa voix… c’est son pas… c’est ce qu’elle dit… celle-là et pas une autre, celle qu’on souhaite auprès de soi à l’heure dernière… celle dont on aimerait tenir la main en partant pour toujours… (Marthe a la main sur le dossier du fauteuil. Il la caresse.) Ce sont ces chers petits doigts-là, eux seuls, que l’on voudrait, après, pour vous fermer les yeux… (La voix contractée, dans une sorte d’explosion.) Alors, alors, n’est-ce pas ?… quand c’est possible… pourquoi pas, hein ?… Le reste a si peu d’importance !…


MARTHE, (fond en larmes.)

Paul… Ah ! ces mots qui déchirent…


SERGYLL.

Je suis moi-même bouleversé, Monsieur.


BARNAC.

Combien d’anciens amants sur la terre ont dit :