Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/66

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et maigrelette, avec ses chandelles étagées !… Hélas ! que je voudrais qu’elle fût vide, Alonso !… Pauvre diable !… Je suis peiné… Quelle malchance que la sienne !… Je veux prier pour lui, sincèrement.


ALONSO.

Tout à l’heure… tu as bien le temps… Profite de cet instant que tu as volé aux dieux pour t’attendrir sur toi-même. Attention… on nous dévisage !

(La foule continue de pénétrer.)

DON JUAN.

Malheureux Manuel… qui dort là, avec, en guise de compensation, sous ses bras croisés, le roman d’une vie qui ne fut pas la sienne !


ALONSO.

Regrettes-tu ces mémoires ?


DON JUAN.

Non ! Ils sont une obole à Caron que j’ai été enchanté de payer, et j’ai un tel mépris de la littérature ! (Gaiement.) C’est égal, je pense à l’éclat de rire ou à la déception de tous ces gentilshommes ci-rassemblés, lorsque dans une quinzaine de jours ils apprendront que j’assistais en personne à mes propres obsèques. J’éprouve même l’envie puérile de m’élancer et de leur crier en pleine église : « Ce n’est pas moi que vous pleurez ! Voici Don Juan en chair et en os ! »


ALONSO.

Hé là !


DON JUAN.

Rassure-toi. Ne me tire pas par la manche : je saurai résister à cet effet facile… Sur ce, il est