Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/75

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secret désir que vous ne puissiez exaucer vous-même… je ne sais lequel… le don d’un objet que vous voudriez posséder, la remise d’une lettre à rechercher… que sais-je ?… je vous prie de compter sur mon dévouement.


ISABELLE, (après une hésitation.)

Merci. Votre voix est sincère. Pourquoi ne vous croirais-je pas ?… Mais Don Juan est mort !… Il était de ceux qui ne laissent pas de reliques, car il n’y avait qu’eux-mêmes de chérissables… et ce que nous pleurons, moi et quelques autres sans doute, c’est un corps que plus rien ne pourrait ranimer…


DON JUAN, (à part.)

Comme elle s’exprime avec délicatesse !… Je suis flatté…


ALONSO.

Pourtant le souvenir ranime, dit-on ?


ISABELLE.

Le souvenir ?… Quelle monnaie de pauvre !… On ne peut rien faire avec l’imagination.


DON JUAN.

Hé ! hé ! Ingrate !…

(Don Juan, de loin, fait signe à Alonso qu’il veut parler à la femme. Colloque muet entre Don Juan et Alonso : « Non !… Non !… Si !… Si !… »)

ALONSO, (à Isabelle.)

L’imagination !… Elle recrée tout, au contraire… Tenez, par exemple, j’ai pour camarade quelqu’un qui ressemble étonnamment à Don Juan !… Le hasard a de ces bizarreries. Je suis sûr que si vous le dévisagiez, par un effort de