Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/91

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cœur… et meurs, comme Don Juan, aux bruits des sanglots et à la clarté des larmes !…

(La comtesse s’est rapprochée en parlant à Alonso.)

LA COMTESSE, (cherchant son enfant d’un regard qu’on devine perçant et avide sous le voile.)

Où es-tu, Juanito ?… (À Alonso.) Merci, Monsieur, de votre sympathie…


ALONSO.

Là…

(Il lui montre l’enfant duquel s’est détaché Don Juan.)

LA COMTESSE, (elle a le visage entièrement dissimulé par le grand voile gris.)

Viens ! Juanito !… (Elle met maternellement la main sur la tête de son enfant pour l’entraîner. Don Juan se penche et embrasse la main de la comtesse. Elle sursaute et pousse un cri en retirant vivement la main. À Alonso.) Quel est cet homme ?


ALONSO.

Il vous a fait mal, Madame ? Vous avez tressailli ?


LA COMTESSE, (qui semble se frotter la main comme si elle avait reçu un coup ou une blessure.)

Oui, il m’a fait mal !… Il m’a donné la chose la plus cruelle du monde, Monsieur… un baiser !


ALONSO.

Hélas ! Il est juste que de ces lèvres-là s’échappe une malédiction vers Don Juan.


LA COMTESSE.

Qu’il soit béni, au contraire, Monsieur ! Si infortunée que je sois, je lui offre de grand cœur mes souffrances et ma ruine… Tout à l’heure, à ge-