Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/94

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DON JUAN.

Celui-ci !… Celle-là que je reconnais et qui a tué, jadis, sa sœur, par amour de moi… Toutes, les criminelles et les pures… elles sont au rendez-vous… Ce concert d’hommages et de larmes s’adresse-t-il bien à moi, ou, comme la flamme de ces cierges, s’adresse-t-il à une âme chimérique qu’ils ont composée des traits de mon visage ?… N’est-ce pas elle, en ce moment, qui monte vers des dieux inconnus chargée des crimes que je n’ai peut-être pas commis ?… Et quand j’arriverai là-haut, Seigneur, Seigneur, lui aurez-vous pardonné !…


ALONSO, (revenant.)

Voici mon furieux Prométhée qui allume avec son étincelle les cierges du sacristain !… Nous sommes au bout de nos peines ! Cette fois ta cérémonie est finie !


DON JUAN.

Déjà ?


ALONSO, (riant.)

Déjà !… Tu y prenais goût !

(Le cortège s’est mis en marche. Le cercueil apparaît, porté, comme tout à l’heure, par les pénitents rouges. Marche funèbre de sortie.)

DON JUAN.

Quelle superbe fin de carrière !… Je n’en aurais pas attendu autant de moi !…


ALONSO.

Ah ! tu as eu vraiment un magnifique enterrement !

(De tous côtés les assistants s’en vont. Bousculade.)