Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/31

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une chose chimérique qui s’appelle la médaille !… C’est un vertige idiot… mais agréable… On regarde suer les autres. Je sais que je ne raterais pas une année, ne serait-ce que pour venir un peu embêter les candidats.


DUMAS.

Moi, c’est ma joie annuelle. J’ai mes phrases toutes préparées… Ainsi, je m’approche du type en ébullition et je lui dis négligemment : « Et la mort, qu’est-ce que tu en fais ? Tu n’as plus qu’une quinzaine d’années à vivre… À quoi te servira la médaille quand tu gambaderas dans l’infini ? » Ce n’est rien, mais ça fait toujours plaisir.


GUÉTIN.

Ah ! nos rencontres de ces grands jours-là !… Je ne trouve rien de plus mélancolique… Tout le monde est sur le pont… les vieux, les jeunes, les épaves… On revoit en pleine lumière toute sa jeunesse… tout le peloton qui était parti pour le grand voyage… On se juge… les uns ont roussi, les autres ont bruni… les autres sont restés pareils ou plus jeunes que nous… On simule un élan de gaieté l’un vers l’autre… « Mon vieux salaud… » Dieu, que c’est triste !… Et ces phrases, toujours les mêmes… « Ça boulotte ? Mais oui… je suis marié, maintenant… deux gosses… Qu’est-ce que tu veux ? C’est la vie… »


LAFARGUE.

Et surtout, oh ! surtout, le fatal : « Tu as envoyé quelque chose ici ?… — Oh ! une petite bricole de rien du tout… — Ah ! où es-tu placé ?… — Ne te donne pas la peine… Salle XVI… la salle du