Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 5, 1922.djvu/41

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NINI, (à Emma, elles s’asseyent et commandent.)

Je ne leur réponds pas, tiens !… Oh ! les mufles ! On voit bien qu’ils sont de l’atelier Bouguereau… Deux ballons, brune !… Et puis tous les mêmes ! Ils attrapent Russignol, parce qu’ils n’ont pas de talent. Le pauvre garçon paye pour tous. Tiens, ainsi, tu vois, ce type qui passe à côté du groupe de sculpture… là, le gros maigre…


EMMA.

Oui.


NINI.

Eh bien, retiens-le… C’est encore une crapule… Crois-tu pas que, l’autre jour, il a prétendu que Russignol était non seulement une brute, mais un marlou ? Ah ! là ! là ! Achetez-moi des balais ! Crois-tu ! Me dire ça, à moi !… Il tombait bien, ce type, que je connaissais à peine.


EMMA.

Alors, qu’as-tu répondu ?


NINI.

J’ai été très digne… Je lui ait dit : « Monsieur, je vous prie de sortir immédiatement de mon lit et que je ne vous revoie jamais. »


EMMA.

Ça, c’était dur… Seulement, tout de même, je ne sais pas ce qu’ils ont à nous faire la tête ! Nous n’aurions peut-être pas dû venir aujourd’hui… Nous ne sommes pas assez chic pour eux… des modèles à cent sous… Ainsi, je te ferai délicatement observer que, depuis que nous sommes là, Lolette affecte de ne pas nous reconnaître.