Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/237

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Enfin, je te reprends, maintenant, moi ! Je serai là, toujours… Que tu le veuilles ou non, je ne te quitte plus…


THYRA.

Oui, reprends la petite fille dans tes bras… Redonne-moi ma première place dans tes coudes ; la place qui m’a bercée et qui me bercera encore au dernier moment… Mère chérie, toi, d’où tout vient et où tout retourne !… Ah ! je ne me rappelais pas que c’était si bon ! Maman ! Mamita ! Mamita ! Calme-toi, j’ai tant de chagrin ! Ah ! si tu savais ce que j’ai pu avoir de chagrin !… Je te raconterai tout… comment j’ai découvert… Mon Dieu ! qu’il est doux d’avoir encore sa mère quand l’ombre monte !… Non, non, ne pleure pas ainsi, ne te désole pas et serre-moi fort.


MADAME DE MARLIEW.

Si fort que maintenant plus rien ne pourra t’arracher de moi.


THYRA, (comme une enfant modèle maintenant.)

Je suis petite, hein ?… Regarde ce que c’est que le hasard ?… Nous sommes toutes deux seules dans une prairie et tu me berces sur une tombe… Tu te souviens, quand j’étais toute petite et que je voulais être bercée près de la grande albia qui sentait le sapin frais… Tu avais peur pour moi de la neige… déjà !… et Vladu passait avec ses brebis, les bufles et le chien Hotzu, si maigre, qui me mettait la buée de son museau près de la joue… C’est loin… Tu vois, ce sera pareil… tu seras là, plus tard pour m’empêcher de pleurer ?… Va ! mère, imprime à la tombe le rythme des berceaux… Plus que nous deux, comme autrefois !… Je ne veux plus que cette douceur que je retrouve… Chante, comme autrefois, mama doïca… en ber-