Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/381

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JULIEN.

N’ayez pas honte, mon amour… Nous n’allons rien offenser ! Toutes les étreintes sincères sont belles !… Pourquoi en avez-vous si longtemps douté ? À l’instant même avant que vous entriez, j’ai été enveloppé par deux bras… ceux de ma vieille nourrice maintenant aveugle… Ses pauvres mains de paysanne cherchaient à reconnaître l’enfant qu’elle avait tenu dans ses bras ; elle ne me voyait pas, mais je la sentais heureuse de me presser si grand, si fort, si robuste… Et cette étreinte, au seuil de la maison, au moment où vous alliez pénétrer, m’a paru — ne souriez pas — comme une espèce de bénédiction involontaire.


FRÉDÉRIQUE.

Je ne souris pas ! Je l’ai vue, en effet, tout à l’heure, votre première servante d’amour… Julien !… Ah ! non, je n’ai pas envie de sourire ! Jamais vous ne m’avez parlé si doucement… Jamais vous n’avez trouvé des mots plus tendres, plus choisis… Julien. Je ne vous connaissais même pas ce langage !… Vous êtes autre… comme je vous espérais…

(On frappe à la porte.)

JULIEN.

Qu’est-ce que c’est ?


ROZENNE, (entrant.)

La diligence de Loc-Maria, Monsieur Julien… Il y a le panier.