Page:Baudelaire - Lettres 1841-1866.djvu/35

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publication. J’ai votre Saint-Priest, mais je l’ai depuis quatre jours, et l’imprimeur de la Revue des Deux Mondes ne me l’a prêté que pour huit, et il n’y avait pas moyen de l’acheter, le numéro étant épuisé.

Vous ne m’avez pas vu au vote ; c’est un parti pris chez moi. Le 2 Décembre m’a physiquement dépolitiqué. Il n’y a plus d’idées générales. Que tout Paris soit orléaniste, c’est un fait, mais cela ne me regarde pas. Si j’avais voté, je n’aurais pu voter que pour moi. Peut-être l’avenir appartient-il aux hommes déclassés ?

Ne vous étonnez pas du fouillis de ma lettre ; je suis chargé d’idées troublantes. L’affaire T me tourmente horriblement. De plus, vous savez que ce mois est, pour moi, le grand mois, la séparation ; il faut beaucoup d’argent ; je n’ai que ma plume et ma mère. Car vous, je ne vous compte pas. — Il m’arrive les aventures les plus singulières. Voici qu’un homme m’offre de m’avancer 22.000 fr., à des conditions bizarres. D’un autre côté, il me propose que, dans un mois, je sois à la tête d’une honorable entreprise qui a été le rêve de ma vie. Toutes mes notes antécédentes serviront. Et cette fois, on ne marcherait qu’appuyé sur de vastes capitaux.

Toutes ces choses ont l’air de rêves, et cependant il y a un fondement.

Je relis ma lettre, et il me semble qu’elle doit avoir, pour vous un air fou. II en sera toujours ainsi.