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résulte de l'alternance shakespearienne de la prose et du vers. Le dialogue malhabile, le contact périlleux de l’énorme et du terre-à-terre parviennent à des effets absolument inadéquats. Le drame avorté, reste le poème qui est admirable. Pourtant les Aubes furent représentées à la Section d’Art de la Maison du Peuple de Bruxelles, que, quelques années auparavant, Verhaeren avait fondée avec Eekhoud et Vandervelde.

Le Cloître (1900), témoignage d’une remontée en lui du thème ancien des Moines, réalisait en tant que drame, un progrès certain. L’œuvre est intense et vit scéniquement. Et si sa représentation sur la scène de l’Œuvre a laissé à certains le souvenir de moments plutôt pénibles, je crois qu’il faut attribuer cette impression défavorable à la mauvaise qualité de l’interprétation. Avec Philippe II (1901), nous nous découvrons en plein romantisme. En évoquant la tragique histoire de don Carlos, Verhaeren s’est senti inquiété à son tour, par la spectrale figure de Philippe II, qu’avant lui, son grand ancêtre, Charles de Coster avait inoubliablement dessinée aux pages de son Ulenspiegel. Tout ce drame, c’est, à travers l’Escurial funèbre un grand cri de vie et de révolte qui s’étouffe dans le sang. J’imagine que cette tragédie, sobrement et intelligemment interprétée, produirait au théâtre un certain effet. Pourtant elle n’est pas à la hauteur du Verhaeren que nous aimons et même — chose incroyable chez un tel artiste — le vers parfois, de prose coupé, s’y banalise.