Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/66

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Et le vieillard s’excitait en pensant à ce qu’il appelait l’audace et l’impertinence de son fils.

— Voyons, Jean-Louis ! calme-toi. Vas-tu encore recommencer les scènes pénibles de l’année dernière ? Laisse dormir le passé pour t’occuper de l’avenir, et voyons un peu ce qu’il nous faut faire pour empêcher Pierre de retourner dans les « pays d’en haut ».

Le fermier grommela entre ses dents quelques paroles inintelligibles mais il finit par s’apaiser :

— Très bien, dit-il enfin, oublions tout cela — ce qui n’empêche pas que le garçon avait tort, tu le sais toi-même. J’ai causé l’autre jour avec le notaire de Lanoraie, à propos de l’établissement de Pierre. Tu sais que le notaire est un brave homme, bien futé, qui se connaît en bonnes affaires. Il m’a parlé du marchand, M. Dalcour, qui paraît vouloir se retirer des affaires. Tu connais M. Dalcour et tu sais que son commerce est florissant. Il s’agirait d’acheter son fonds pour notre Pierre, et de l’établir à Lanoraie près de la gare du chemin de fer de Joliette. Le prix demandé par M. Dalcour me paraît assez raisonnable, mais il y aurait dans cette transaction-là une difficulté à surmonter. Le négociant a une fille à marier ; jolie fille, paraît-il, qui a reçu une éducation soignée au couvent des Dames de la Congrégation, à Berthier.