Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/76

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Notre père nous attend pour la prière du soir et il se fait tard.

On dormit peu ou point dans la demeure des Girard, cette nuit-là.

Le vieillard songeait à l’avenir de sa fille ; Jules espérait pour sa sœur et pour son ami ; et Jeanne pensait tour-à-tour à Pierre, à Jules et à son père.

Chacun fut sur pied de bonne heure, et les travaux du ménage permirent à Jeanne de cacher son trouble et son agitation aux yeux du vieillard. On assista en famille à la grand’messe du dimanche, et jamais prières plus ferventes ne furent adressées au ciel que par ce vieillard qui demandait à Dieu de le guider dans sa conduite de père, et cette jeune fille qui demandait à la Vierge de protéger ses amours.

La messe terminée, on reprit la route de la chaumière et Jules se rendit sur la grève pour attendre son ami et lui souhaiter la bienvenue.

Jeanne, tout en préparant le dîner frugal de la famille, jetait, à la dérobée, un coup d’œil vers le rivage, pendant que le vieillard parcourait les colonnes de son journal. La jeune fille trouvait le temps bien long et se demandait tout bas ce qui pouvait retarder ainsi l’arrivée de Pierre. Elle laissa échapper une exclamation de joie lorsqu’elle aperçut au loin, sur la surface polie du