Page:Beaugrand - Jeanne la fileuse, 1878.djvu/77

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fleuve, un canot qui s’avançait vers la rive. Quelques instants plus tard, Jules et Pierre arrivaient à la maison en se donnant le bras. Le vieillard se leva pour aller recevoir le jeune homme, et il lui dit en lui tendant la main :

— Monsieur Montépel soyez le bienvenu parmi nous. Mon fils Jules m’a fait part de son amitié pour vous, et je suis heureux de vous dire, monsieur, que les amis de mon fils sont aussi les miens.

Et le père Girard avec cette courtoisie toute française du Canadien de la vieille école, s’inclinait avec bienveillance en serrant la main du jeune homme un peu confus. Jeanne qui observait du coin de l’œil, les manières de son père, fut enchantée de la réception qu’il fit à son amant, et lorsqu’elle s’avança elle-même pour le saluer, elle eut un sourire qui porta le courage et l’espérance dans le cœur ému du jeune homme.

La nappe était déjà mise ; le potage fumait dans la soupière à dessins bleus, et l’odeur d’un rôti de porc-frais invitait à se mettre à table. Le vieillard fit les honneurs du dîner avec une amabilité qui eut pour effet de mettre chacun à son aise. Jeanne apporta pour dessert, un grand plat de fraises arrosées de crème, et lorsque le repas fut terminé, le père Girard s’adressant à Pierre lui dit d’un ton amical :