Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/430

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


gens en place sont malheureux de ne pouvoir scruter avec assez de soin tous les hommes qu’ils emploient, et de s’entourer, sans le savoir, de fripons, dont les infamies leur sont trop souvent imputées ! Ceci, monsieur, est d’autant plus important pour moi que ce Clavijo, ayant compar faire une espèce de feuille ou gazette, et se trouvant, par ses fonctions, rapproché du ministère, eût pu parvenir un jour à des emplois plus considérables : et moi je n’aurais l’ait il à mon roi que d’un scélérat ! On excuse un ministre de s’être trompé sur le choix d’un indigne sujet ; mais sitôt qu’il le voit marqué du sceau de la réprobation publique, il se doit à lui-même de le chasser à l’instant. J’en vais il t l’exemple à tous les ministres qui me suivront. »

Il sonne. Il fait mettre des chevaux, il me conduit au palais ; en attendant M. de Grimaldi, qu’il avait fait prévenir, ce généreux protecteur entre chez le roi, s’accuse du crime de mon lâche adversaire, a la générosité d’en demander pardon. Il avait sollicité son avancement avec ardeur, il met plus d’ardeur encore à solliciter sa chute. M. de Grimaldi arrive ; les deux ministres me font entrer, je me prosterne. « Lisez votre mémoire, me dit M. Whal avec chaleur, il n’y a pas dame honnête qui n’en doive être toucher comme je l’ai été moi-même. » J’avais le cœur élevé à sa plus haute région ; je le sentais battre avec force dans ma poitrine, et me livrant à ce qu’on pourrait appeler l’éloquence du moment, je rendis avec force et rapidité tout ce qu’on vient de lire. Alors le roi, suffisamment instruit, ordonna que Clavijo perdît son emploi, et lût à jamais chassé de ses bureaux.

Âmes honnêtes et sensibles, croyez-vous qu’il 3 eût « les expressions pour l’état où je me trouvais ? Je balbutiais les mots de respect, de reconnaissance : et cette âme, entraînée naguère presque au degré de la férocité contre son ennemi, passant à l’extrémité opposée, alla jusqu’à bénir le malheureux dont la noirceur lui avait procuré le noble et précieux avantage qu’il venait d’obtenir aux pieds du trône.

Pour comble de bontés, le monarque envoya chez M. l’ambassadeur de France, où je dînais, donm i l’ordre au Français à qui il venait de rendre une justice si éclatante, de lui faire parvenir le journal exact de ce qui avait été lu el ■ palais. M. l’ambassadeur, aus ; i touch* ■ me donna trois de ses secrétaires, qui, de leur part, y mettant une bienveillance patr tique, copièrent en peu d’heures mon journal avec les pièces justificatives : et le tout fut porté par M. l’ambassadeur au roi, qui ne ded de dire qu il oui r. ; e, el mi me d s’informer avec bonté si le i rancais était sa-Telle est la justice que j’ai obtenue en 1 dans une querelle où j’étais en quelque façon l’agresseur. Mon cœur se serre en pensant que depuis, en France, riant "lieuse… Telles sont les preuves authentiques et respectables sur lesquelles s’appuie le compte exact que l’animosité vient de me forcer de rendre de ma conduite en i casion, l’une des plus importantes de ma vie. J’ai osé nommer, sans leur aveu, le prince magnanime qui s’est plu à me faire justice, les généreux ministres qui y ont coopéré, le très-respecté marquis d’Ossun notre ambassadeur, mon inestimable protecteur M. Whal, et toutes les personnes qui ont contribué à ma justification. Au milieu d’une nation étrangère, je n’ai rencontré que grandeur, générosité, noble intérêt, service ardent, justice éclatante ; et je n’aurais pas attendu dix ans à publier la reconnaissance, que je garderai toute ma vie à la généreuse nation espagnole, si j’avais pu la faire éclater sans y mêler b’récit d’un événement personnel qui ne pouvait intéresser que mes parents et moi. Je revins à Madrid, où tous les Français s’empressèrent de renouveler à ma pauvre sœur les témoignages de leur ancienne amitié. À la nouvelle de la perte de son emploi, qui se répandit partout, mon lâche ennemi, certain d’être arrêté, se sauva chez les capucins, d’où il m’écrivit une longue lettre pour implorer ma commisération. Il avait raison d’y compter : je ne le haïssais plus, je n’ai même jamais haï personne. Mais dans cette lettre, ce qui m’étonna davantage fut l’assurance avec laquelle il se tait sur sa plainte criminelle contre moi, se flattant apparemment que je l’ignorais encore. Il s’y défend seulement d’avoir provoqué l’opposition de la duena, à laquelle il attribue mon ressentiment. Voici sa lettre, avec ma réponse en notes, telle que je la lui envoyai : COPIE DE LA LETTRE DE CLAVIJO.

Depuis mercredi que j’ai reçu, monsieur, la nouvelle de la privation de mon emploi S j’ai été dans des accès de fièvre les plus violents jusqu’à ce moment où, malgré ma faiblesse el mon abattement, je prends la plume pour vous remercier des bontés que vous avez eues pour moi. Non, je n’aurais jamais cru cela de vous. Nous avez raison de ne pas répondre à mes lettres ; on n’a rien à dire aux gens que l’on veut perdre sans ressource 8. Eh bien ! monsieur, êtes-vous satisfait ? e di s le sont-elles ? Jouissez, jouissez ions de. votre vengeance. Mais sur qui tombe-t-elle, cette ’. M’., ■’Mil’un ho le que vous aimiez, qui a suivi en tout aveuglément vos volontés, —m’nu homme enfin qui vous aime encore malgré tout i,..’, i in. malheur que ■>’ « e 2. De quelles lettres pai’lez-vc