Page:Beaumarchais - Œuvres complètes, Laplace, 1876.djvu/538

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fut avec ardeur que j’entrai dans la noble ligue que la pitié formait pour elle, que je devins l’un de ses défenseurs. J’en ai bien mieux aimé, bien plus chéri ce valeureux prince de Nassau, depuis que je le vis capable de cette bonté chevaleresque qui fait secourir même ceux qu’on ne connaît pas.

Ne nous laissons pas entraîner ; n’anticipons point sur le travail qui a procuré la sortie, et dont je dois compte au public, quoique je n’en fusse moi-même que le troisième ou quatrième instrument. Déterminé à servir cette dame, sur la lecture de ces dégoûtantes épîtres, j’offris la main à madame la princesse de Nassau pour aller chez M. Le Noir. Elle mettait à ses démarches l’activité la plus touchante. Encore chaud de ma lecture, je fis chez le magistrat un plaidoyer brûlant qui bientôt l’échauffa lui-même : il donna les plus grands éloges à la malheureuse détenue, à sa douceur, à sa douleur, au ton pénétrant de ses plaintes, souvent à sa résignation. Il nous dit tout ce qu’il en savait ; mais il ajouta qu’il ne pouvait rien dans l’affaire, nous montra trois mémoires de son mari et vingt lettres sollicitantes ; enfin il nous prouva que l’ordre était émané du premier ministre, que Kornman et ses amis avaient sollicité en personne. Il prétend qu’il a tout à craindre, dit-il, de la part d’un homme qui, après lui avoir enlevé sa femme, voudrait attenter à ses jours, et qui les marchande avec elle. Je combattis l’horreur de ces accusations par leur invraisemblance, et surtout par les lettres dont j’étais déjà le porteur ; il en fut vivement frappé, nous dit de voir tous les ministres, et me permit de l’instruire du succès de mes démarches.

Alors chacun fit de son mieux. Les gens de loi poursuivaient la séparation en justice ; les gens du monde sollicitaient la délivrance à la cour. M. Maurepas était malade, et c’était lui qu’il fallait voir ! Il mourut. Rien ne nous arrêta. Ce bon prince de Nassau (que je l’aime !) fut trois fois à Versailles et chez M. km< lot. Aussi m’a-t-il trouvé depuis aussi chaud pour ses intérêts qu’il le fut en cette occasion pour ceux de cette infor[u’il m connaissait pas plus que moi ! .1 adore un grand seigneur dont le cœur n’est pas mort. J’y fus moi-même au moins six i de ne pouvoir rejoindre le ministre, le prince écrivit, le 18 décembre 1781, cette lettre à M. < J’ai été, monsieur, plusieurs fois ; à Vei h el nommément aujourd’hui, pour avoir l’honneur de vous remettre un mémoire en faveur d’une femme persécutée. Son sort a intéressé toutes les personnes qui sont véritablement instruites de son affaire. Permettez, monsieur, que je vous prie de vous faire rendre un compte je ne doute pas que vous ne la mettiez h— dans le cas de suivre le cours de la qu’elle a invoquée ; M. Le Noir ayant as i. sure qu’il n’était pour rien dans i itte affaire, et . qu’elle dépendait de vous absolument. « J’ai l’honneur d’être, etc.

Ii prince de Nassau-Sieghen. »

Cette lettre est au dépôt de la police, avec toutes les pièces qui suivent. Ll moi, pendant < j’impatientais M. Le Noir. Je lui écrivais : i Le 1 •’décembre 1781.

« Il ne m’a pas été difficile hier au soir de voir que l’affaire de madame Kornman commence à vous donner un peu d’humeur. Mais pendant que vous crojyez que les gens — d affaires de cette dame vous trompent, j’ose vous assurer que les amis du mari vous en imposent bien davantage. Lisez, je vous prie, ce que M. Di bru procureur (de la femme), me répond : vous serez enfin convaincu que ce n’est pas à l’hôtel du lieutenant civil, mais à l’audience du parc civil, que M. Picard (avocat de la femme) a pris ses conclusions, et a insisté pour plaider mardi dernier.

Permettez-moi aussi de vous prévenir une, . malgré tous les efforts qu’on a faits pour retenir l’affaire au conseil de Colmar, il est sorti un qui oblige les parties de piailler au Châtelet d’Paris. II faut que la demande du mari ait paru bien ridicule à ce tribunal, puisque l’arrêt a été rendu sans qu’il y ait eu aucune défense .. pour la femme. La nouvelle en est venue dimanche à M. Kornman, et vous l’ignoriez encore hier au soir. Jugez si l’on vous trompe vous-même ! »

(Ils plaidaient en séparation, et la fernmt était en, une leiin de cachet ! désordre ! ô dé !

ii J’ai envoyé hier dans le jour deux fois chez M. Turpin (alors conseil de Kornman) : point de réponse ! Pendant ce temps, monsieur, on ne d’effrayer la malheureuse détenue, en lui disant qu’on lui arrachera son enfant à l’instant de sa couche. Il y a de quoi la faire mourir. Vous pouvez juger à votre tour si h m le la com, i ion que vous a inspirée cette infortunée a passé dans le cœur d’un autre ! Quant a moi, qui ne l’ai jamais vue. qui ne la connais que par le tableau 1res loue] votre sensibilité vous en a fait faire en ma pré/ madame la princesse de Nassau. je la d vois si cruellement abandi : e, après une dé(i lonlion de cinq mois, pendant que le mari c I a spa, fait bombance et séduit tout ce qui l’ap !. que je viens d’écrire à M. Turpin que ci i les intérêt s de n < ici I l’emj » lient de me ill SIME CONCILIATEUR, , |e ai— Ira nelienienl n offrira celle jeune dame el mes conseils el mes d secours, mes moyens personnels et ma bourse, ei ma plume. ■ Oui, i fait : car