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LES MYSTÈRES DE L’ILE SAINT-LOUIS

planté sur le feutre de Charles, et ce justaucorps taillé pour le buste d’un jeune muguet. Résolu à rompre le silence, il s’avança vers son fils et lui demanda s’il comptait passer ainsi la nuit à réfléchir ?

Une heure du matin venait de sonner.

Maître Philippe, armé d’un flambeau de cuivre, semblait inviter Charles à remonter dans sa chambre ; Mariette fermait les volets avec lenteur ; la lampe allait s’éteindre, et Marmousette, sa chatte, ronflait déjà du plus royal des sommeils…

Charles se leva ; il fit un pas vers la porte.

— Laissez-moi sortir, dit-il à son père d’une voix brève.

En ce moment, Mariette le regarda. Il y avait sans doute une prière tacite dans ce regard. Mariette suppliait, car le jeune homme se rassit et posa son chapeau sur le comptoir. Charles, reprit son père en lui prenant la main avec tristesse, tu ne m’aimes pas !

— Vous ne nous aimez plus, ajouta la désolée Mariette.

Elle fondit en larmes après ces paroles, car il y avait longtemps qu’elle contenait son chagrin ; ces pleurs plus que ses paroles émurent le jeune homme.

— Pardonnez-moi, mon père, répondit-il, et vous aussi, Mariette, pardonnez-moi, je vous aime ! Mais depuis quelques jours je ne me reconnais plus ; depuis quelques jours, tout en vous aimant, je me hais !

— Vous vous haïssez, et pourquoi ? demanda Mariette.

— Aurais-tu donc à rougir devant ton père ? ajouta maître Philippe.

-Mon père, répondit le jeune homme avec orgueil, je n’ai rien à me reprocher devant vous ou devant Dieu. Seulement la vie m’est insupportable, je dois vous fuir !

— Me fuir ? as-tu dit, oh ! je ne le vois que trop, ce sont les méchants exemples qui te perdent. Qui t’a donné ce conseil, dis-le. Parle ici, voyons, est-ce l’argent qui te manque ?

— Grâce à vous, mon père, ce n’est pas l’argent qui