Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/153

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vigueur et rage. Ils tranchent les poings, les flancs, les échines, transpercent les vêtements jusqu’aux chairs vives, et le sang coule en filets clairs sur l’herbe verte […] « Terre des Aïeux, Mahomet te maudisse ! Sur tous les peuples ton peuple est hardi ! » Pas un Sarrasin qui ne crie : « Marsile ! Chevauche, roi ! Nous avons besoin d’aide ! »

CXXVI

La bataille est merveilleuse et grande. Les Français y frappent des épieux brunis. Si vous eussiez vu tant de souffrance, tant d’hommes morts, blessés, ensanglantés ! Ils gisent l’un sur l’autre, face au ciel, face contre terre. Les Sarrasins ne peuvent l’endurer davantage : bon gré, mal gré ils vident le champ. Et les Francs, de vive force, leur ont donné la chasse.

CXXVII

Le comte Roland appelle Olivier : « Seigneur compagnon, avouez-le, l’archevêque est très bon chevalier ; il n’y a meilleur sous le ciel ; il sait bien frapper de la lance et de l’épieu. » Le comte répond : « Donc, allons lui aider ! » À ces mots les Francs ont recommencé. Durs sont les coups, lourde est la mêlée. Les chrétiens sont en grande détresse. Il eût fait beau voir Roland et Olivier frapper, tailler de l’épée ! L’archevêque frappe de son épieu. De ceux qu’ils ont tués, on peut estimer le nombre ; il est écrit, dit la Geste,