Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/163

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ses Français l’entendent. Le roi dit : « Ce cor a longue haleine ! » Le duc Naimes répond : « C’est qu’un vaillant y prend peine. Il livre bataille, j’en suis sûr. Celui-là même l’a trahi qui maintenant vous demande de faillir à votre tâche. Armez-vous, criez votre cri d’armes et secourez votre belle mesnie. Vous l’entendez assez : c’est Roland qui désespère.

CXXXVI

L’empereur a fait sonner ses cors. Les Français mettent pied à terre et s’arment de hauberts, de heaumes et d’épées parées d’or. Ils ont des écus bien ouvrés, et des épieux forts et grands, et des gonfanons blancs, vermeils et bleus. Tous les barons de l’armée montent sur les destriers. Ils donnent de l’éperon tant que durent les défilés. Pas un qui ne dise à l’autre : « Si nous revoyions Roland encore vivant, avec lui nous frapperions de grands coups ! » À quoi bon les paroles ? Ils ont trop tardé.

CXXXVII

Le jour avance, la vêprée brille. Contre le soleil resplendissent les armures. Hauberts et heaumes flamboient, et les écus où sont peintes des fleurs, et les épieux et les gonfanons dorés. L’empereur chevauche plein de colère, et les Français marris et courroucés. Pas un qui ne pleure douloureusement ; pour Roland, tous sont