Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/189

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lier qui ne fût bon guerrier. Il appela l’archevêque Turpin : « Sire, vous êtes à pied et je suis à cheval. Pour l’amour de vous je tiendrai ferme en ce lieu. Ensemble nous y recevrons et le bien et le mal ; je ne vous laisserai pour nul homme fait de chair. Nous allons rendre aux païens cet assaut. Les meilleurs coups sont ceux de Durendal. » L’archevêque dit : « Honni qui bien ne frappe ! Charles revient, qui bien nous vengera ! »

CLX

Les païens disent : « Nous sommes nés à la malheure ! Quel douloureux jour s’est levé pour nous ! Nous avons perdu nos seigneurs et nos pairs. Charles revient, le vaillant, avec sa grande armée. De ceux de France, nous entendons les clairons sonner clair. Grand est le bruit de leur cri de Montjoie ! Le comte Roland est de si fière hardiesse que nul homme fait de chair ne le vaincra jamais. Lançons contre lui nos traits, puis laissons-lui le champ. » Et ils lancèrent contre lui des dards et des guivres sans nombre, des épieux, des lances, des museraz empennés. Ils ont brisé et troué son écu, rompu et démaillé son haubert ; mais son corps ils ne l’ont pas atteint. Pourtant, ils lui ont blessé Veillantif de trente blessures ; sous le comte ils l’ont abattu mort. Les païens s’enfuient, ils renoncent. Le comte Roland est resté, démonté.