Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/217

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Roland, et son cœur est lourd à cause d’Olivier, et des douze pairs, et des Français : à Roncevaux, il les a laissés morts, tout sanglants. Il pleure et se lamente, il ne peut s’en tenir, et prie Dieu qu’il sauve les âmes. Il est las, car sa peine est très grande. Il s’endort, il n’en peut plus. Par tous les prés, les Francs se sont endormis. Pas un cheval qui puisse se tenir debout ; s’ils veulent de l’herbe, ils la broutent couchés. Il a beaucoup appris, celui qui a souffert.

CLXXXV

Charles dort en homme qu’un tourment travaille. Dieu lui a envoyé saint Gabriel ; il lui commande de garder l’empereur. L’ange se tient toute la nuit à son chevet. Par une vision, il lui annonce une bataille qui lui sera livrée. Il la lui montre par des signes funestes. Charles a levé son regard vers le ciel. Il y voit les tonnerres et les vents et les gelées, et les orages et les tempêtes prodigieuses, un appareil de feux et de flammes, qui soudainement choit sur toute son armée. Les lances de frêne et de pommier s’embrasent et les écus jusqu’à leurs boucles d’or pur. Les hampes des épieux tranchants éclatent, les hauberts et les heaumes d’acier se tordent. Charles voit ses chevaliers en grande détresse. Puis des ours et des léopards veulent les dévorer, des serpents et des guivres, des dragons et des démons. Et plus de