Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/239

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toutes mes armées… » Puis il se met en selle sur un sien destrier bai… Avec lui il emmène quatre ducs. Il a tant chevauché qu’il arrive à Saragosse. À un perron de marbre il met pied à terre, et quatre comtes lui ont tenu l’étrier. Par les degrés il monte au palais. Et Bramidoine accourt à sa rencontre et lui dit : « Chétive, et née à la malheure, sire, j’ai perdu mon seigneur, et si honteusement ! » Elle choit à ses pieds, l’émir la relève, et tous deux vers la chambre montent, pleins de douleur.

CCII

Le roi Marsile, comme il voit Baligant, appelle deux Sarrasins d’Espagne : « Prenez-moi dans vos bras, et me redressez. » De son poing gauche il a pris un de ses gants : « Seigneur roi, émir, dit-il, je vous rends (?) toutes mes terres, et Saragosse, et le fief qui en dépend. Je me suis perdu et j’ai perdu tout mon peuple. » Et l’émir répond : « J’en ai grande douleur. Je ne puis longuement parler avec vous : je sais que Charles ne m’attend pas. Mais je reçois votre gant. » Plein de sa douleur, il s’éloigne en pleurant. Il descend les degrés du palais, monte à cheval, retourne vers ses troupes à force d’éperons. Il chevauche si vivement qu’il