Page:Bedier - La Chanson de Roland.djvu/291

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CCLIV

L’ÉMIR dit : « Jangleu, avancez. Vous étes preux et de grande sagesse : toujours j’ai pris votre conseil. Que vous en semble, des Arabes et des Francs ? Aurons-nous la victoire dans cette bataille ? » Et il répond : « Vous êtes mort, Baligant ; vos dieux ne vous sauveront pas. Charles est fier, ses hommes sont vaillants. Jamais je ne vis engeance si hardie au combat. Mais appelez à votre aide les barons d’Occiant, Turcs, Enfruns, Arabes et Géants. Advienne que pourra. Ne tardez pas ! »

CCLV

L’ÉMIR a étalé sur sa brogne sa barbe, aussi blanche que fleur d’épine. Quoi qu’il doive arriver, il ne veut pas se cacher. Il embouche une buccine au timbre clair, en sonne si haut que ses païens l’entendirent. Par tout le champ ses troupes viennent au ralliement. Ceux d’Occiant braient et hennissent, ceux d’Argoille glapissent comme des chiens. Ils requièrent les Français, avec quelle témérité ! se jettent au plus épais, les rompent et les séparent. Du coup ils en jettent morts sept milliers.

CCLVI

LE comte Ogier ne connut jamais la couardise ; jamais meilleur baron ne vêtit la brogne.