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GRANDGOUJON

— Qu’est-ce… t’as fait d’tes musettes ?

Ses musettes ? Tiens, c’est vrai, il avait des musettes avec un jambonneau, un gâteau de riz, tout un garde-manger préparé soigneusement. Mais il se tâtait en vain… plus rien sur lui.

— Ça, c’est rigolo ! dit-il simplement.

— Oui, ça c’est rigolo ! reprit Grandgoujon.

Et du ton le plus naturel le soldat fit :

— C’est que je les a perdues… Ah ! ben va, t’en fais pas… on vient de s’appliquer un rude boulot !…

— C’est vrai, dit Grandgoujon, qu’il n’y a pas à s’en faire.

Mais la femme avait un tremblement.

— Comment t’as pu les perdre ?… T’as-t-il pris le métro ?

— Oui, oui, on a pris le métro, dirent en chœur le soldat et Grandgoujon.

Il y avait foule dans cette gare. Un agent grogna :

— Circulons ! Vous partez, vous ?

— Pas moi, dit vivement Grandgoujon.

L’autre salua :

— C’est moi, M’sieur l’Commissaire.

Sa femme essayait de le retenir et de protester :

— Enfin… tes paquets ?

Il répéta encore : « T’en fais donc pas ! » ; il franchit la barrière, et avec une figure joyeuse, il agita les bras, cria : « Ohé ! Ohé ! », perdit de vue sa femme qui fut prise dans un remous, aperçut seulement Grandgoujon avec le petit, et mettant ses mains en porte-voix :