Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/91

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LA MORT D’ACHILLE.

Et quand le port d’Aulide envieux de nos palmes
Retenoit nos vaiſſeaux ſur des ondes trop calmes,
Que Neptune craignoit nos glorieux combas,
Qu’Eole eſtoit Troyen, & ne nous ſouffloit pas,
Qu’il falloit par la voix d’un ſevere Genie
Meſme acheter les vens du ſang d’Iphigenie,
Qui pût jamais reſoudre Agamemnon que moy ?
Il eſtoit pere, & Roy, mais il demeura Roy.
Si ſeulement Ajax euſt par la meſme voye
Tenté ce que je fis, nous n’aurions pas veu Troye,
Je croy que ſon diſcours euſt eſté ſans pareil,
Et qu’il euſt bien émû Priam, & ſon conſeil,
Si ce grand Orateur s’expoſant à la haine
Euſt eſté chez Pâris redemander Helene,
Il eût bien évité de ſi forts ennemis,
C’eſt le premier danger où nous nous ſommes mis.
Je voudrois bien ſçavoir à quel utile ouvrage
S’eſt touſjours exercé ton valeureux courage,
Il s’eſt paßé des jours qu’on n’a point combatu,
Toy qui n’as que ton bras, à quoy t’occupois-tu ?
Quel eſtoit ton travail ? car ſi tu me demandes
Mes occupations, elles ſont touſjours grandes,
Je veille quand tu dors, je ne pers point de temps,
Ou je te fortifie, ou bien je te deffens,
Tu n’és point aſſeuré, ſi mon eſprit ſommeille,
Et ſi je ne combas, il faut que je conſeille,