Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/92

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
85
TRAGEDIE.

Je n’ay jamais perdu mes diſcours, ny mes pas,
Je creuſe des foſſez, j’exhorte nos ſoldats,
Mon eſprit pour objet n’a que de grandes choſes,
Sans ceſſe je travaille, & ſouvent tu repoſes.
Et lors que le Gregeois d’un ſonge eſpouvanté
Quittoit ce qu’en neuf ans ſon bras avoit tenté,
Qu’on voyoit de nos gens le courage s’abatre,
Que ne combatois-tu pour les faire combatre,
Mais tu fuiois toy-meſme, & tu te diſpoſois
À ce retour honteux au Gendarme Gregeois,
Ma remontrance utille à la gloire des noſtres
Te fit tourner viſage außi bien comme aux autres.
Voilà ce que j’ay fait pour noſtre commun bien,
Je le dis pour ma cauſe, & ne reproche rien.
Me refuſerez-vous ce que je vous demande ?
Quoy ? qu’un autre qu’Uliſſe à cet honneur pretende ?
Il n’eſt point de dangers qu’Uliſſe n’ait tentez,
Vous le ſçavez (Gregeois) ou ſi vous en doutez,
J’en porte dans le ſein des aſſurances vrayes,
Et nous avons außi de glorieuſes playes,
Regardez-les, de grace, au point où je me voy,
Ces bouches ſans parler haranguent mieux que moy.
Qu’a de plus cét Ajax ? quoy m’eſt-il preferable,
À cauſe que ſa main par un coup favorable
A couvert nos vaiſſeaux de ſon large bouclier ?
Il fit bien ce jour là, je ne le puis nier,