Page:Bentzon - Yette, histoire d'une jeune créole, 1880.djvu/125

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EN MER.

Mlle Yette voyaient avec épouvante ces trois petites ombres agiles courir sur les bastingages, sortir couverts de taches de la souillarde, grimper dans les haubans, tourbillonner autour des machines, passer par tous les trous comme des rats effarouchés. Encore Bob et Ned obéissaient-ils à la voix de leur mère quand elle les rappelait ; Yette se bornait à répondre invariablement de sa position périlleuse : « Moë qua vini ! » du ton le plus câlin, mais sans bouger du reste. On fait à la Martinique un abus irritant de cette phrase : « Moë qua vini[1], » et d’une autre locution du même genre : « Moë pas save[2], » qui dispense de chercher même à comprendre. « Moë qua vini » et « Moë pas save, » forment le fond de la langue créole.

Le grand-père de Yette, planteur de la vieille roche, devenait féroce quand ses esclaves lui faisaient une de ces deux réponses. Derrière son fauteuil étaient suspendues deux rigoises ou cravaches ; l’une était baptisée Moë pas save et l’autre Moë qua vini. Chaque fois qu’on lui faisait une de ces deux réponses, il envoyait le coupable

  1. Je viens.
  2. Je ne sais pas.