Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/16

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car il trouvait, lui aussi, sa belle-soeur fort malheureuse.

Marie-Anne s’y prit avec toute l’habileté que son affection fraternelle lui inspirait. Une bonne décoction de pavot endormit Anne-Marie pendant une absence de son homuncule de mari, et neuf mois après, jour pour jour, Béjarec eut un neveu. Toute la famille était aux anges. Et tel fut le premier essai que Yan fit de sa vocation génésique hors de son nid.

Comment l’aventure transpira, voilà ce qu’il n’a jamais su, car, certes, il n’était pas homme à révéler ce secret de famille et c’était un coeur trop simple pour s’enorgueillir du service rendu. Peut-être sa femme ne put-elle dissimuler assez sa fierté ? Toujours est-il qu’à quelque temps de là, un autre mari ridicule et sans progéniture le défia, au cabaret, entre quatre bolées, de renouveler l’exploit à son bénéfice. L’enjeu était d’une vache laitière. Béjarec, époux fidèle, demanda un jour pour réfléchir et consulta la brave Marie-Anne. Elle portait déjà son douzième. Cette considération mise au point par l’appât de la vache laitière, décida de l’événement. Béjarec eut licence et gagna le pari. Cette fois, on en parla dans toute la contrée.

On ne parla même tellement que, huit jours