Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/57

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Le doux commis, marqué de Dieu, emplissait son idéal de vierge. Et, comme il le vivifiait aux yeux de Bélise, mère docile, deux destinées se nouèrent en une. — Ainsi deux wagons s’accrochent en gare, avec la petite secousse, pour des voyages moins longs que celui de la vie. — Et le mariage fut.

Vous cacherais-je que, le beau matin où l’adjoint du maire empêché du huitième mit la main d’Araminte dans celle d’Eraste, il y déposait du même coup, au nom des lois, un portefeuille conjugal de vingt-deux mille livres de rentes ? La société paraphait ainsi l’œuvre amoureuse de la nature.

Cette dot, à la vérité, n’était qu’une espérance. Elle était formée des revenus locatifs d’un immeuble à six étages, sis rue de Rome, dont Bélise était propriétaire. Elle en occupait elle-même le deuxième avec sa fille, et comme celle-ci, en dépit de la prescription biblique, avait déclaré devant le notaire en personne que jamais elle ne quitterait sa mère, et que le mariage était, à ce prix, ni plus, ni moins, on s’était accommodé pour partager l’habitacle, spacieux du reste, et où il n’y eut d’indivis que la salle à manger et le salon de famille. Eraste, ai-je besoin de le dire, aquiesça à tout ce que