Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/58

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voulait Araminte, et, huit jours après les noces, il jouissait de cette béatitude que symbolise l’image gastronomique du coq en pâte.

Si le titre de belle-mère est devenu, grâce aux physiologistes du mariage, synonyme de mégère, Bélise n’était vraiment pas une belle-mère. Nul n’en mérita moins l’injure que cette douce dame, discrète, toujours affable et gaie, et, si jolie encore, (car elle avait dû l’être à miracle) dans la Saint-Martin de sa quarantaine, que Clitandre, expert en cette horticulture, la comparait à une rose de Noël poudrée de neige.

Pauvre Clitandre ! Dédoublé de son cadet, il ne s’amusait guère, à Levallois, en son logis sans écho et désormais trop vaste, surtout les jours de terme. L’art du carambolage lui devenait plutôt rebelle, car, lorsqu’on n’y préexcelle pas tout de suite, les professionnels vous le diront, on en reste toujours à la moyenne bourgeoisie. Pour cette raison et d’autres d’ordre sentimental, il résolut de se rapprocher de « sa famille d’élection », multiplia ses visites rue de Rome, notamment à l’heure expansive des repas, et accepta enfin, avant qu’on le lui eût offert, de transporter son lit de fer et ses quatre chaises de paille dans une garçonnière