Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/60

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levait, piquait droit au couple et s’écriait en agitant les bras comme ailes de moulin :

— Eh bien, et ces neveux et nièces, pour quand est-ce ? Qu’est-ce que vous faites donc au lit depuis un an ?… Voilà l’oncle !… Il attend.

Et de croiser les bras dans l’attitude. Puis il reprenait un petit verre.

Ce qui devait advenir advint, vous l’avez deviné du reste. Outre que les vingt-deux mille livres de revenu s’écornaient du manque à gagner, du loyer de la garçonnière, des frais supplémentaires d’alimentation commandés par une magnifique fourchette et d’appels réitérés à l’escarcelle mal nouée du faible Éraste, la jeune épousée était harassée d’une assiduité, à la fois ruineuse et indiscrète, qui tournait à la pure cohabitation.

— Je n’ai pas épousé ton frère, lança-t-elle un soir dans l’alcôve, à son mari, fort énervé d’ailleurs par des coliques.

— Ni moi ta mère, eut-il le tort de répondre.

— Ingrat ! fit-elle, trop significative.

— C’est bien. Demain, je rentrerai au magasin. Ma place est chaude.

Et Araminte pleura toute la nuit, dans la ruelle.

C’était leur première dispute. Il s’en excusa