Page:Bergerat - Contes de Caliban, 1909.djvu/85

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— A la bonne heure. Il s’appelle ?

— Ne t’en irrite pas…. Jean Mévère.

— Est-ce un parent du magistrat ?

— Qui t’a condamné, oui : c’est son fils.

Loys Égarot, loin de « s’en irriter », leva les yeux en l’air, comme pour y prendre un ordre de Bourse céleste.

— Ah ! par exemple, à la Jamaïque, sourit-il. Son fils ! Qu’y fait-il ?

Il y apprend le grand commerce, dans la première maison de l’île, Streebs and Sons.

— Mais sait-il que je n’ai pas un sou de dot à donner à ma fille ?

— Il sait tout, et ne demande rien.

— Qu’il vienne, alors.

Et Jean Mévère vint, ou plutôt il revint, car la maison de Pepina, pour lui aussi, contenait tout ce qu’il aimait au monde. C’était un garçon actif, intelligent et bien fait, mais particulier en ceci qu’il avait sous le front la même barre devant le Droit que son futur beau-père devant le Chiffre. Pour se soustraire aux études du Code et des jurisprudences, il s’était, dès la sortie de collège, enfui à Londres, d’où ses patrons, les frères Streebs, l’avaient détaché sur la grande usine de distillation qu’ils ont à Port-Louis au milieu des champs de canne à sucre.