Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


simulé du dormeur d’abord et ensuite par l’aboiement d’un chien réfugié sous le lit et plus terrifié que son maître.

La première représentation de ce concept hydrocéphalique eut lieu chez ma mère qui donna une fête pour le produire. Nous bouleversâmes son appartement afin de l’approprier à la mise en scène et une trentaine de personnes furent conviées à la réjouissance. Wasa s’était chargé du rôle muet de l’X… couché qu’on ne voit pas, mais qui ronfle et aboie. Il ronfla mal, j’écris l’histoire, mais il jappa à la perfection, et Cadet alla aux étoiles.

Ce fut son premier monologue. Il avait à peine dix-huit ans, et moi j’en avais vingt, mais c’est d’hier !

Il y a quelques mois, dans le tramway Bineau-Madeleine, je rencontrai le pauvre Cadet, vieilli, chenu, cassé, que Wasa menait à la promenade. Dès les premiers mots échangés, tous nos souvenirs nous revinrent à la fois, et chantèrent dans nos yeux humides de larmes.

— Te rappelles-tu, chez ta mère, rue des Tournelles, le monologue ?

— Je l’ai gardé, fis-je.

— Ah ! je voudrais bien le relire.

— Je te l’enverrai…

Le lui envoyer, où maintenant ?