Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/114

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taurateur connut la vérité de cette définition murgérienne : Bilan, chose que l’on dépose.

Les Trop Serrés se transportèrent au Palais-Royal, chez Catelain, dit le Culot, parce qu’il était le cadet d’une trinité de traiteurs renommés, dont la dynastie, je crois, perdure encore. Sur la recommandation de Coquelin, Catelain le Culot nous avait recueillis, et, pour quarante sous, il nous servait des repas de corps admirables. J’ai vu là, dans des sauces, nager, comme sirènes en Mer Noire, les tubérastres périgourdins qui sont les cors aux pieds des chênes. Il est vrai qu’en cet âge reculé, la pièce de quarante sous valait cinq francs de notre monnaie actuelle.

Paul Ferrier dirait mieux que moi les noms, devenus glorieux presque tous, des membres de ce groupe. Le plus « arrivé », avec Coquelin, était Camille Saint-Saëns, aujourd’hui le maître incontesté de la musique française. Il n’avait encore que trente ans, et il était déjà interprété couramment chez Pasdeloup, qui pourtant n’était pas bienveillant aux modernes, et ne se rendait même pas complètement à Schumann. Camille Saint-Saëns vivait à peu près de son traitement d’organiste à la Madeleine, et pour le reste il courait le cachet de pianiste et les concerts. Sur l’instrument terrible, base du mobilier démocratique, il était purement méphistophélique, et personne, aux enfers, n’en touche comme, sur terre, il en aura touché. Saint-Saëns devant un piano, ou un piano en proie à Saint-Saëns, c’était — c’est encore — la fin connue du monde des sons. Il pouvait, tant la nature l’a doué pour cet exercice, donner onze notes à la fois, soit en accord plaqué, soit en arpège, au moyen d’un doigt supplé-