Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/127

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IX

LA MARE AUX CANARDS


Je ne me rappelle pas exactement la raison alléguée par la Société Nantaise du Vaudeville pour me rendre cette pièce, Père et Mari, dont Coquelin lui avait posé le lapin à trois queues dans l’éblouissement d’une lecture hallucinante, — mais, cette raison devait être nantaise, comme la Société même. Elle était alors dirigée par un gros brave homme nommé Harmant, qui avait été acteur en province et que ni la nature ni les études ne destinaient à mener à Paris une entreprise artistique. Il l’avouait d’ailleurs à bras levés à qui voulait l’entendre et chaque auteur qu’il éconduisait s’en allait avec un gémissement du malheureux directeur dans l’oreille.

— Ah ! je vous jure bien que je suis plus embêté que vous ! Il paraît que je me blouse tout le temps sur les pièces. Mes associés m’accusent de vouloir les ruiner en indemnités. Ils ne veulent plus que les grandes signatures. Pourquoi ne me laissent-ils pas m’en aller ? J’ai de quoi vivre, là-bas, en Bretagne, et j’ai horreur de la vie du soir, horreur, mon cher poète, horreur ! Oh ! les premières !

Le plus drôle, c’est qu’il disait vrai ; le père Har-