Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/143

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— C’est probable, en effet. Il ne dételle pas encore.

— Tu vas voir. Comme il fumait un cigare énorme dont le feu crépitait comme un phare dans le brouillard, je me décide à l’aborder : « Bonjour, La Rounat… » Pas de réponse. C’était clair. Il n’y avait qu’à le laisser à ses amours. Cependant…

— Cependant… ?

— Cependant, tu sais que je lui fais une pièce, pour Tisserand ?

La Dernière Idole ?

— Oui. Il n’en connaît pas encore un mot, parce que je ne me décide pas à l’écrire, mais elle est faite, et je l’ai là, scène à scène.

— Moi aussi. Tu me l’as racontée.

— Eh bien ! j’éprouvais le besoin de la raconter aussi à La Rounat, et je la lui raconte… Une froideur de glace. Pas un mot, pas un geste, rien. Il écoutait pourtant, avec une attention évidente, mais sans quitter son gros cigare absurdement lumineux… Je commençais à la trouver mauvaise. « Mais, La Rounat, La Rounat, c’est La Dernière Idole que je vous raconte ! » Silence, immobilité. Je m’échauffe, je m’emballe, et, tu sais, je suis du Midi, je le prends à bras le corps… Ah ! mon bon !… du bronze !

— Quoi ?

— C’était un réverbère !