Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/180

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Si M. Benedite veut conserver à nos neveux un spécimen ou deux des jeux et divertissements graphiques des poètes du dix-neuvième siècle, c’est à Victor Hugo et à Théophile Gautier d’abord qu’il convient de recourir. Puis mon vieil ami Léon Dierx, prince des poètes, est, à leur suite, le plus « peintre » et le « luxembourgeoisifiable », si j’ose risquer ce qualificatif effrayant. Léon Dierx, prince des poètes, est, en outre, un paysagiste très fort et très doux, et il fume sa pipe dans la bouffarde même du père Corot. Il est le mieux désigné pour inaugurer cette salle de curiosité dans l’Odéon de nos musées d’État et l’ouvrir aux poètes peintres. Mais les toiles de Léon Dierx sont rares et le deviennent de plus en plus, car, lui, il vend, il est coté, il a des amateurs qui l’encadrent… On se l’arrache… Oh ! que je l’envie ! Ut pictura, poesis.

La première fois qu’il me fut donné de manier une brosse et de tartiner de la pâte de couleurs, ce fut en 1869, à La Ferté-sous-Jouarre, dans un petit bois dévoré par les hannetons.

Presque tous les samedis, la bonne maman Glaize recevait sa colonie vaugirardienne dans un délicieux petit domaine qu’elle y avait et qui s’appelait Rosebois. Nous partions en bande, peintres, sculpteurs, musiciens et rimeurs, et nous lui faisions des tablées de seize couverts, que présidait le vieux maître du Pilori, notre hôte, et le plus jeune de cette volée de fous. Nous couchions sur des matelas, dans son atelier transformé en dortoir, au milieu des grandes esquisses décoratives qui le tapissaient, et le matin venu, dès l’aube, Ferdinand Glaize, le plus jeune fils de la famille, architecte austère, nous réveillait pour