Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/184

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XIX

L’ÉCOLE BRUTALE


Ce serait une erreur de croire que le mouvement réaliste au théâtre date d’André Antoine et du Théâtre Libre. Il n’y a qu’Émile Zola qui se soit abusé, volontairement, du reste, sur ce point, car il était grand tireur de couvertures et il n’aimait guère à en laisser aux autres. L’erreur en art est de croire qu’on innove. C’est à peine si l’on rénove, hélas ! et tout le jeu consiste à rehisser sur la pente le rocher de Sisyphe qui dévale.

La réapparition de cette blague qu’on appelle : la vérité vraie, sous le lustre, date des dernières années du Second Empire. Elle eut alors trois prosélytes : Alfred Touroude, Henry Becque et celui qui signe ces lignes. Le triumvirat avait été baptisé par Barbey d’Aurevilly : l’École brutale, et je me demande encore où le grand critique prenait cette École. Non seulement nos esthétiques étaient fort différentes, mais vous nous eussiez bien étonnés de nous en prêter une. Nous allions selon nos tempéraments,