Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/202

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III

LE FLINGOT


Alexandre Grand, obstinément, continuait à griller des rondelles de pain et à les emmagasiner dans les placards, la toilette en étant pleine. Son pessimisme était tel qu’il s’était décidé à mettre au clou sa montre en or, son fétiche, seul souvenir qui lui restât de sa famille :

— Il nous faut un jambon, et même deux jambons, me disait-il.

— Comme à Mayence, soupirais-je, envahi par ses papillons noirs.

Il eut trois louis de sa tocante, et, je ne sais pourquoi, au lieu de jambons, il acheta des gigots, qu’il torréfia en silence dans le jardinet, comme les tartines de pain.

— Pourquoi des gigots ? faisais-je, et quelle est ta pensée ?

Et, sublime de prévoyance, il me répondait :

— Le jambon altère !…