Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/234

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C’est de la sorte, et de bien d’autres encore, que, profanes, nous devisions de l’indemnité de guerre et de son problème financier. Maurice Dreyfous, qui était, de naissance, coreligionnaire de Rothschild, et qui avait vu, de ses yeux vu, de l’or en barre, prétendait que, dans son culte, le milliard pouvait affecter la forme d’une simple signature sur un papier.

— Nous appelons ça, en hébreu : un chèque, et Salomon, chez nous, en parafait tout le temps à la reine de Saba qui s’en faisait des papillotes.

Devant une pareille documentation, nous exigeâmes de cet économiste sa démission de poète lyrique, dont il nous refusa d’ailleurs le sacrifice. Il préparait dans l’ombre un volume de vers, dont Jules Claretie avait déjà écrit la préface, et qui avait pour titre : Bouffonneries lugubres ou Lugubreries bouffonnes, au choix, mais l’un ou l’autre.

— C’est pour le retour des affaires ! disait-il avec une foi candide et contagieuse.

Qui n’en eût été embrasé lorsque, aux guichets de tous les établissements de crédit, s’empilaient en effet les pièces de cinquante centimes dont la colonne mesure le chemin de la Lune ? « Cette Allemagne, avec sa guerre, elle avait fait une bonne affaire, un coup de cinq milliards ou billions, sans compter les pendules », ricanait-on dans les ateliers où s’était formée cette légende du butin des horloges. Eh bien ! ce n’est pas à cinq milliards que se chiffrent le coût de la défaite et le prix du Second Empire, c’est au double.

Soit à dix milliards. On en apprend tous les jours. Il suffit de lire la Revue des Deux Mondes, trente-sept ans après, à la campagne. Voici le compte, relevé sur un grand livre officiel, deux volumes in-