Page:Bergerat - Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1, 1911, 3e mille.djvu/91

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vendre ! Et d’un geste circulaire je lui étalai les splendeurs de mon mobilier.

— Par conséquent, conclut-il, je vous déménage ! Et joignant l’acte à la parole, il se mit en bras de chemise.

— Comment, vous me déménagez ?

— Oui, c’est ma joie et ma vengeance. J’abomine les propriétaires. C’est eux qui ont brisé ma carrière. Sans ces prêtres infâmes du dieu Terme, je serais de l’Académie peut-être, sûrement même. Allons oust, laissez-moi faire.

Et soulevant un vieux voltaire, qui était la plus belle pièce de ma collection, il s’en encadra comme Hercule de la peau du lion de Némée et l’emporta dans la rue.

— Nous chargerons tout ensemble, me criait-il, disposons d’abord le chargement. Ce qui ne tiendra pas sur le sapin tiendra dedans, et nous porterons le reste à la main. Vous n’êtes pas le premier, ni même le dixième de la partie à qui j’aurai rendu ce service de camarade. Voilà pourquoi, si vous voulez le savoir, j’ai appelé mon cheval : Pégase.

— Ah ! béai-je.

— Vous ne comprenez pas ?… Pégase… parce qu’il emporte les poètes.

— Les emporte, où ?

— Hors des griffes du vautour.

Quoique la situation devînt embarrassante, car il s’était emparé de la table à tout faire qui était, comme chez Robinson, le meuble essentiel de la case, je ne songeais qu’à connaître les signes auxquels ce cocher hoffmannesque avait pu deviner mon entité de porte-lyre. — Ça se voit donc, lui dis-je ?

Il me regarda du haut en bas, et, avec le sourire